L'artiste

Gabriel Loppé - Sa vie

Rien ne prédisposait le jeune Gabriel à un avenir de peintre, ni même d'alpiniste ; son père, polytechnicien au Génie, fera une carrière militaire qui entraînera sa famille en diverses garnisons dont Embrun sera la seule en montagne ! Cependant c'est ici qu'il aura la révélation du bonheur de peindre, de "peindre en plein air", à une époque où la peinture, très académique ne se pratique qu'en atelier, il peint, dessine à loisir... Né à Montpellier en 1825, il suit ses parents pendant ses jeunes années puis, entre 10 et 17 ans reste pensionnaire à Paris pour poursuivre des études qui ne l'enthousiasment pas! Sa santé se détériore, il s'étiole et c'est ainsi qu'il rejoint sa famille au bon air d'Embrun.

En 1846 il va à Genève suivre les cours du célèbre peintre paysagiste, Diday. Il y rencontre aussi le non moins célèbre Calame. Sa vie d'artiste l'emmène à la découverte des Alpes Suisses et, par le fait, à celui de la haute montagne qui sera, tout au long de sa vie, la source de ses émotions picturales.

A la suite des évènements politiques de 1848 le père de Gabriel le prie de s'" exiler " volontaire en Savoie (non encore française à cette époque), il s'y est révélé un trop ardent républicain !
Tombé amoureux d'une annecienne Marguerite Bachet, il l'épouse en 1851 et auront ensemble 3 enfants. La famille vit d'abord à Annecy, puis Loppé ouvre une galerie à Genève. Il ne vit plus que de son art et peut se faire, à Genève, une clientèle fortunée, internationale.

C'est à cette époque qu'il découvre Chamonix, les beautés grandioses des neiges éternelles du massif du Mont Blanc, et son désir d'y ancrer sa vie. Dans la seconde moitié du XIX° siècle Chamonix est déjà, au dire de certains contemporains, un " grand caravansérail " où se mêlent aux autochtones, les premiers touristes anglais, grands amateurs d'aventure et d'alpinisme. Gabriel partage avec eux ce goût d'aller marcher, sans le motif scientifique de leurs prédécesseurs, mais pour le simple plaisir de gravir une montagne encore vierge de tout refuge. Il se fait de nombreux amis parmi cette " gentry " britannique avec qui il randonne ; les plus célèbres seront : Alfred Wills (premier président du tout nouveau Alpine Club de Londres, qui accueillera Loppé en 1864), Leslie Stephen (écrivain érudit qui rendra hommage à Loppé dans The Playground of Europe, père de Virginia Woolf), ou James Eccles (dont il épousera plus tard la sœur en secondes noces). Grâce à eux Loppé exposera régulièrement à Londres, à l'Alpine Club d'abord, puis dans des galeries privées où ses immense toiles de glaciers bleus, ses panoramas somptueux ou ses couchers de soleil flamboyants, impressionneront un public non averti des paysages de haute montagne, il présentera même son travail à "http://www.amis-vieux-chamonix.org/">la Royal Academy. De tempérament joyeux et extraverti, ses amis aiment le voir à Londres " où, lorsqu'il pousse la porte de l'Alpine Club le grand vent des Alpesentre derrière lui..." ! De nature résistante, il affichera 40 montées au Mont-Blanc (4 la même année !), et il y peindra 11 fois au sommet malgré le froid, la nuit tombante, et ses amis qui le pressent de descendre...Il passe une semaine au col du Géant avec sa fille, fait 2 premières : le col des Hirondelles et le Mont Mallet ! Et lorsqu'il sera trop âgé pour aller en montagne, n'hésitera pas à emmener ses petits enfants se promener à pied de Paris à Versailles, aller-retour !
Gabriel Loppé a un premier atelier à Chamonix avant 1860, puis il aura une, puis deux maisons, et une galerie d'exposition qui perdurera jusqu'en 1982, présentée par sa petite fille Madame Savine. Pendant les festivités du rattachement de la Savoie à la France, Loppé est pressenti pour intervenir auprès de Napoléon III, en voyage à Chamonix, pour améliorer la législation de la Compagnie des guides.
En 1871, son épouse meurt à Genève, et son corps est transporté à Chamonix.
Quelques années plus tard Gabriel Loppé épouse, à Londres, Elizabeth Eccles. Ils habiteront Paris, Avenue du Trocadéro, non loin de la nouvelle " tour " en construction.

Pendant une dizaine d'années Gabriel Loppé expose ses toiles au Salon à Paris.

Intéressé par le nouveau médium qu'est la photographie Loppé, comme beaucoup d'artistes, se passionne pour ce nouvel art. Il réussit un cliché d'un éclair tombant sur la Tour Eiffel qui émerveillera Eiffel lui-même. Ses petits-enfants seront l'objet de nombreuses photos, très vivantes, et bien sûr il promènera aussi son appareil en montagne.

Gabriel Loppé vécut jusqu'à l'âge de 88 ans, et meurt à Paris le 19 Mai 1913.
Sa vie fut celle d'un artiste reconnu et admiré et s'il fut oublié c'est que le courant impressionniste a balayé l'art du paysage tel qu'il était pratiqué par les peintres réalistes ; néanmoins il demeure un précurseur du paysage de haute montagne et de contrées infinies.

Glossaire

Peindre en plein air

Ce qui aujourd'hui peut sembler naturel ne l'était en rien au XIX° siècle. La tradition divisait la peinture en " grand genre ", ou " genre mineur " auquel appartenait le paysage. Il faut attendre 1830 pour que le " paysage moderne " soit reconnu et rendu avec véracité ; certes le style traduit quelquefois la nature de façon plus émotive que réelle (chez les romantiques), plus sociale (thèmes de la paysannerie), ou visionnaire et sublimée (peintres allemands), mais elle est existe à part entière. Avec l'Ecole de Barbizon, on prendra l'habitude de " peindre sur le motif ", en plein air ; les mentalités changent mais les progrès technologiques aussi, les peintres disposent de tubes de peinture et de supports transportables. Dans les dernières décades du XIX° siècle, les impressionnistes dans leur quête de la lumière, d'une atmosphère, de couleurs, profiteront de la libération académique de leurs prédécesseurs.

Embrun

Aujourd'hui, petite ville de 6700 habitants; située dans les Hautes Alpes à 870 m d'altitude ; à 34 km de Gap, sur la Durance.
Jusqu'en 1790 elle fut le siège d'un archevêché, et possède une splendide cathédrale du XII° siècle de pur style roman. Vieille ville de caractère.

François Diday

François Diday (1820 - 1877), fondateur de l'école suisse de paysage. Des élèves de l'Europe entière fréquentent ses cours à Genève. Il pratique ses études en extérieur mais travail en atelier. Son style " héroïque " est fort apprécié.

Alexandre Calame

Alexandre Calame (1810 - 1864), élève de Diday, il finit par surpasser son maître. Il devient le maître incontesté du paysage alpin au XIX° siècle. Les cours d'Europe s'arrachent ses tableaux. En 1855, Napoléon III en acquiert un. Son style est réaliste, " vériste ".

Duché de Savoie

Historique : Pays Allobroge, fait partie de l'Empire Romain jusqu'en 407. La Sabaudia morcelée en petits domaines féodaux est dominée ensuite par les Burgondes, Charlemagne, puis l'Empire d'Allemagne. A partir de 1032, les Comtes de Savoie en poursuivent la réunification ; elle acquiert enfin ses limites à peu près définitives, par le Traité de Lyon en 1602. La Maison de Savoie (qui règne sur l'Italie jusqu'en 1946), possède le Duché de Savoie, le Piémont et la Sardaigne. La Savoie est occupée à plusieurs reprises par la France, annexée entre 1792 et 1815, elle devient définitivement française par le traité de Turin du 24 Mars 1860. En effet, un plébiscite est organisé qui légitime le vote à 130 533 " oui " contre " 235 " non ".

Le 3 Septembre 1860, pour fêter le " rattachement de la Savoie à la France ", l'Empereur Napoléon III et l'Impératrice Eugénie, à Chamonix depuis quelques jours, montent à la Mer de Glace accompagnés de 60 guides, sous les cris de " Vive l'Empereur ! Vive la famille impériale ! Vive la France ! Vive la Savoie française ! "

Alpine Club

Le 4 août 1857 naît à Londres le premier Club alpin au monde. Son président est Alfred Wills, Vice président,Leslie Stephen. C'est un cénacle de pionniers de l'alpinisme avec des noms célèbres tels que Whymper, Freshfield, Eccles, Mummery, Mathews,Wallroth, Forbes...
Ce n'est qu'en 1862 qu'apparaît le club alpin autrichien, en 1863 le club alpin suisse et en 1874 le CAF, club alpin français !

Royal Academy

Crée en 1768 est l'équivalent de l'Académie Royale de peinture, en France, sous l'Ancien Régime. Chaque année est organisée une exposition, où des peintres britanniques sélectionnés par un jury exigeant et conforme à la tradition peuvent faire valoir leur art. Lors de la summer exhibition quelques peintres étrangers peuvent prétendre exposer leur œuvre. G.Loppé fut présenté dans la section suisse, il faut dire qu'alors il vivait à Genève.

Mont-Blanc

Le plus haut sommet des Alpes, culmine à 4810 m. Il fut gravi pour la première fois en 1786 par le Docteur Paccard et son guide Balmat, tous deux de Chamonix ; puis Horace Benedict de Saussure, physicien et géologue genevois, père de la météorologie, réalisa la troisième ascension du Mont Blanc, accompagné du même guide Jacques Balmat, en 1787. Ainsi s'ouvrait l'ère de la conquête des cîmes sous des prétextes scientifiques.
La première femme ayant véritablement organisé une expédition au Mont blanc fut Henriette d'Angeville, de Genève, en 1838.

Col du Géant

Ce col situé entre la Pointe Helbronner et les Aiguilles Marbrées est à 3365 m d'altitude. Un des passages les plus parcourus et l'un des plus beaux de la chaîne des Alpes aurait servi de communication entre Chamonix et Courmayeur dans les temps anciens. Lorsque G.Loppé et sa fille Aline y séjournent, en compagnie de leur guide Benoni, c'est bien sûr pour prendre le temps de peindre et dessiner. Surpris par le mauvais temps, ils redescendent un soir à Courmayeur mais y retournent le lendemain !

Col des Hirondelles

3480 m d'altitude. Le nom a été donné par le premiers ascensionnistes qui trouvèrent sur le glacier de Leschaux, au pied du col, une vingtaine d'hirondelles mortes l'une près de l'autre, disposées en cercle et sans doute arrêtées par le froid ou le vent lors de leur migration !
G.Loppé, L.Stephen, J..Marshall, T.S.Kennedy, guidés par Johan Fischer, Ulrich Almer et Henri Devouassoud réalisent la première traversée de NW au SE le 14 juillet 1873. (Guide Vallot).

Mont Mallet

3989 m d'altitude. Premier sommet que porte la longue arête Nord de l'Aiguille de Rochefort.
Le 4 Septembre 1871, G.Loppé, L.Stephen, F.Wallroth, guidés par Melchior Anderegg, Cachat, Alexandre Tournier en réalise la première ascension. (Guide Vallot).

Galerie d'exposition

Cette galerie appelée Musée Alpestre Gabriel Loppé peut encore être vue à Chamonix dans le chemin G.Loppé qui va de la gare au Casino. Certains se souviennent encore des toiles exposées et présentées amoureusement par la petite fille du peintre, épouse du sculpteur Savine, un temps maire de Chamonix. Bernard Cottard a pu enregistrer un interview de Madame Savine . Aujourd'hui, la maison est transformée en logement. Lorsque le fonds de la collection fut dispersé dès 1980, l'association des Amis du Vieux Chamonix, créée par Madame René Simond, et avec l'œil averti de Thérèse Robache, alors conservateur au Musée de Chamonix, a su acheter une grande partie de la collection. Une autre partie est allée aux descendants de l'artiste, et essentiellement des dessins et des gravures furent vendus à Paris chez Drouot. De nombreuses toiles, acquises au temps où G.Loppé vivait, sont aujourd'hui chez des particuliers, beaucoup en Angleterre.
Ces toiles, appartenant à l'Association mais en dépôt légal à la Municipalité de Chamonix, peuvent être vues à la Résidence du Majestic (pour les plus grandes), mais en raison de l'incendie de février 1999 qui a grandement endommagé le Musée où elles étaient exposées (6 ont disparues dans les flammes), elles ne sont plus visibles en salle .
Une rétrospective Gabriel Loppé s'est tenue au Musée-Château d'Annecy de décembre 2005 à février 2006, puis l'exposition est allée à Chambéry, Turin, Gap ou Embrun .

Compagnie des guides

Crée en 1823, la compagnie débute en fournissant guides, porteurs et muletiers aux premiers ascensionnistes . Mais nulle formation n'est véritablement exigée ; il faut dire qu'à cette époque ce sont surtout des touristes qui s'aventurent à Chamonix et que leur exploit consiste à aller à La Mer de Glace en utilisant des mulets, ils seront au nombre de 300 à faire l'aller-retour en 1850 !
En 1860, la Compagnie enregistre 280 membres, il faut maintenant un " examen d'aptitude ". La réglementation protège les guides par un " tour de rôle " et bientôt un litige s'installe entre les clients qui souhaitent le choix de leur guide et la Compagnie, c'est pourquoi les amis anglais de G.Loppé, en particulier A.Wills, le presse d'intervenir d'abord auprès du Préfet à Annecy, puis de l'Empereur en visite à Chamonix !

Salon

On nomme ainsi le lieu de la grande exposition parisienne qui doit donner le ton à la mode de l'Art . Ce sont en général des œuvres de commande, respectueuses de l'Académie qui délivre des prix, des accessits aux artistes . G.Loppé exposera de 1881 à 1894. C'est à ces mêmes dates que les impressionnistes se verront refuser l'accès au Salon, et exposeront au Salon des Refusés...

Photographie

Historique :1839 est la date de naissance généralement assignée à la photographie ; en France, Louis-Jacques Daguerre conçoit un procédé photochimique de reproduction, sans intervention manuelle. Acheté à son inventeur par le gouvernement français qui " en fait don à l'humanité ", le procédé est libre de brevet et exploitable par le monde entier ... c'est le daguerréotype, qui perdurera une trentaine d'années. Ses recherches avaient été engagées dès 1827 en collaboration avec Nicéphore Nièpce, de Chalon sur Saône.
Presque dans le même temps, en 1841, la photographie sur papier " le calotype " est inventé par Fox Talbot, en Angleterre. Mais abandonné, ce procédé est supplanté dix ans plus tard, par le négatif-verre au collodion. La photographie entre dans son âge d'or ! Les ateliers se multiplient, mais le matériel reste énorme et coûteux.
Puis, c'est la révolution du Kodak !
Les premiers appareils portatifs, dotés de chambres pliantes, apparaissent sur le marché entre 1880 et 1890.
Le nouveau procédé au géltino-bromure d'argent, permet aussi d'abaisser le temps de pose au 1/25° de seconde et, très vite, les plaques sont préparées industriellement et accessibles à une large clientèle.
En un demi-siècle les progrès ont été phénoménaux...
Les premiers photographes étaient presque toujours des artistes, peintres de formation comme Ingres, Delacroix, Courbet, Corot, ou des écrivains comme V.Hugo ou G .Sand.
Voici ce qu'écrit, en 2000, Françoise Heilbrun, conservateur au Musée d'Orsay dans un livre qu'elle consacre à la photographie :
" Edgar Degas se servira de ce nouvel appareil portatif. Un peintre infiniment plus modeste, paysagiste spécialisé dans les vues alpines, Gabriel Loppé, a pratiqué la photographie en amateur dans ces années, et le Musée d'Orsay possède soixante-dix photos. Il semble avoir été le premier à utiliser la technique instantanée pour prendre quantité de vues de Paris la nuit, entre 1889 et 1900. Avec ces nocturnes de villes, Loppé expérimente une recherche qui sera au centre des préoccupations des photographes pictorialistes de l'époque. "

Doit-on faire remonter le goût pour la photographie de Gabriel Loppé à la grande expédition des Frères Bisson ? En effet le 22 Juillet 1861 une caravane de 25 porteurs montait au Mont Blanc afin de photographier le toit du monde. Loppé avait été requis " pour son œil d'artiste ".

Glossaire

Peindre en plein air

Ce qui aujourd'hui peut sembler naturel ne l'était en rien au XIX° siècle. La tradition divisait la peinture en " grand genre ", ou " genre mineur " auquel appartenait le paysage. Il faut attendre 1830 pour que le " paysage moderne " soit reconnu et rendu avec véracité ; certes le style traduit quelquefois la nature de façon plus émotive que réelle (chez les romantiques), plus sociale (thèmes de la paysannerie), ou visionnaire et sublimée (peintres allemands), mais elle est existe à part entière. Avec l'Ecole de Barbizon, on prendra l'habitude de " peindre sur le motif ", en plein air ; les mentalités changent mais les progrès technologiques aussi, les peintres disposent de tubes de peinture et de supports transportables. Dans les dernières décades du XIX° siècle, les impressionnistes dans leur quête de la lumière, d'une atmosphère, de couleurs, profiteront de la libération académique de leurs prédécesseurs.

Embrun

Aujourd'hui, petite ville de 6700 habitants; située dans les Hautes Alpes à 870 m d'altitude ; à 34 km de Gap, sur la Durance. Jusqu'en 1790 elle fut le siège d'un archevêché, et possède une splendide cathédrale du XII° siècle de pur style roman. Vieille ville de caractère.

François Diday

François Diday (1820 - 1877), fondateur de l'école suisse de paysage. Des élèves de l'Europe entière fréquentent ses cours à Genève. Il pratique ses études en extérieur mais travail en atelier. Son style " héroïque " est fort apprécié.

Alexandre Calame

Alexandre Calame (1810 - 1864), élève de Diday, il finit par surpasser son maître. Il devient le maître incontesté du paysage alpin au XIX° siècle. Les cours d'Europe s'arrachent ses tableaux. En 1855, Napoléon III en acquiert un. Son style est réaliste, " vériste ".

Duché de Savoie

Historique : Pays Allobroge, fait partie de l'Empire Romain jusqu'en 407. La Sabaudia morcelée en petits domaines féodaux est dominée ensuite par les Burgondes, Charlemagne, puis l'Empire d'Allemagne. A partir de 1032, les Comtes de Savoie en poursuivent la réunification ; elle acquiert enfin ses limites à peu près définitives, par le Traité de Lyon en 1602. La Maison de Savoie (qui règne sur l'Italie jusqu'en 1946), possède le Duché de Savoie, le Piémont et la Sardaigne. La Savoie est occupée à plusieurs reprises par la France, annexée entre 1792 et 1815, elle devient définitivement française par le traité de Turin du 24 Mars 1860. En effet, un plébiscite est organisé qui légitime le vote à 130 533 " oui " contre " 235 " non ".

Le 3 Septembre 1860, pour fêter le " rattachement de la Savoie à la France ", l'Empereur Napoléon III et l'Impératrice Eugénie, à Chamonix depuis quelques jours, montent à la Mer de Glace accompagnés de 60 guides, sous les cris de " Vive l'Empereur ! Vive la famille impériale ! Vive la France ! Vive la Savoie française ! "

Alpine Club

Le 4 août 1857 naît à Londres le premier Club alpin au monde. Son président est Alfred Wills, Vice président,Leslie Stephen. C'est un cénacle de pionniers de l'alpinisme avec des noms célèbres tels que Whymper, Freshfield, Eccles, Mummery, Mathews,Wallroth, Forbes... Ce n'est qu'en 1862 qu'apparaît le club alpin autrichien, en 1863 le club alpin suisse et en 1874 le CAF, club alpin français !

Royal Academy

Crée en 1768 est l'équivalent de l'Académie Royale de peinture, en France, sous l'Ancien Régime. Chaque année est organisée une exposition, où des peintres britanniques sélectionnés par un jury exigeant et conforme à la tradition peuvent faire valoir leur art. Lors de la summer exhibition quelques peintres étrangers peuvent prétendre exposer leur œuvre. G.Loppé fut présenté dans la section suisse, il faut dire qu'alors il vivait à Genève.

Mont-Blanc

Le plus haut sommet des Alpes, culmine à 4810 m. Il fut gravi pour la première fois en 1786 par le Docteur Paccard et son guide Balmat, tous deux de Chamonix ; puis Horace Benedict de Saussure, physicien et géologue genevois, père de la météorologie, réalisa la troisième ascension du Mont Blanc, accompagné du même guide Jacques Balmat, en 1787. Ainsi s'ouvrait l'ère de la conquête des cîmes sous des prétextes scientifiques. La première femme ayant véritablement organisé une expédition au Mont blanc fut Henriette d'Angeville, de Genève, en 1838.

Col du Géant

Ce col situé entre la Pointe Helbronner et les Aiguilles Marbrées est à 3365 m d'altitude. Un des passages les plus parcourus et l'un des plus beaux de la chaîne des Alpes aurait servi de communication entre Chamonix et Courmayeur dans les temps anciens. Lorsque G.Loppé et sa fille Aline y séjournent, en compagnie de leur guide Benoni, c'est bien sûr pour prendre le temps de peindre et dessiner. Surpris par le mauvais temps, ils redescendent un soir à Courmayeur mais y retournent le lendemain !

Col des Hirondelles

3480 m d'altitude. Le nom a été donné par le premiers ascensionnistes qui trouvèrent sur le glacier de Leschaux, au pied du col, une vingtaine d'hirondelles mortes l'une près de l'autre, disposées en cercle et sans doute arrêtées par le froid ou le vent lors de leur migration ! G.Loppé, L.Stephen, J..Marshall, T.S.Kennedy, guidés par Johan Fischer, Ulrich Almer et Henri Devouassoud réalisent la première traversée de NW au SE le 14 juillet 1873. (Guide Vallot).

Mont Mallet

3989 m d'altitude. Premier sommet que porte la longue arête Nord de l'Aiguille de Rochefort. Le 4 Septembre 1871, G.Loppé, L.Stephen, F.Wallroth, guidés par Melchior Anderegg, Cachat, Alexandre Tournier en réalise la première ascension. (Guide Vallot).

Galerie d'exposition

Cette galerie appelée Musée Alpestre Gabriel Loppé peut encore être vue à Chamonix dans le chemin G.Loppé qui va de la gare au Casino. Certains se souviennent encore des toiles exposées et présentées amoureusement par la petite fille du peintre, épouse du sculpteur Savine, un temps maire de Chamonix. Bernard Cottard a pu enregistrer un interview de Madame Savine . Aujourd'hui, la maison est transformée en logement. Lorsque le fonds de la collection fut dispersé dès 1980, l'association des Amis du Vieux Chamonix, créée par Madame René Simond, et avec l'œil averti de Thérèse Robache, alors conservateur au Musée de Chamonix, a su acheter une grande partie de la collection. Une autre partie est allée aux descendants de l'artiste, et essentiellement des dessins et des gravures furent vendus à Paris chez Drouot. De nombreuses toiles, acquises au temps où G.Loppé vivait, sont aujourd'hui chez des particuliers, beaucoup en Angleterre. Ces toiles, appartenant à l'Association mais en dépôt légal à la Municipalité de Chamonix, peuvent être vues à la Résidence du Majestic (pour les plus grandes), mais en raison de l'incendie de février 1999 qui a grandement endommagé le Musée où elles étaient exposées (6 ont disparues dans les flammes), elles ne sont plus visibles en salle . Une rétrospective Gabriel Loppé s'est tenue au Musée-Château d'Annecy de décembre 2005 à février 2006, puis l'exposition est allée à Chambéry, Turin, Gap ou Embrun .

Compagnie des guides

Crée en 1823, la compagnie débute en fournissant guides, porteurs et muletiers aux premiers ascensionnistes . Mais nulle formation n'est véritablement exigée ; il faut dire qu'à cette époque ce sont surtout des touristes qui s'aventurent à Chamonix et que leur exploit consiste à aller à La Mer de Glace en utilisant des mulets, ils seront au nombre de 300 à faire l'aller-retour en 1850 ! En 1860, la Compagnie enregistre 280 membres, il faut maintenant un " examen d'aptitude ". La réglementation protège les guides par un " tour de rôle " et bientôt un litige s'installe entre les clients qui souhaitent le choix de leur guide et la Compagnie, c'est pourquoi les amis anglais de G.Loppé, en particulier A.Wills, le presse d'intervenir d'abord auprès du Préfet à Annecy, puis de l'Empereur en visite à Chamonix !

Salon

On nomme ainsi le lieu de la grande exposition parisienne qui doit donner le ton à la mode de l'Art . Ce sont en général des œuvres de commande, respectueuses de l'Académie qui délivre des prix, des accessits aux artistes . G.Loppé exposera de 1881 à 1894. C'est à ces mêmes dates que les impressionnistes se verront refuser l'accès au Salon, et exposeront au Salon des Refusés...

La Photographie

Historique : 1839 est la date de naissance généralement assignée à la photographie ; en France, Louis-Jacques Daguerre conçoit un procédé photochimique de reproduction, sans intervention manuelle. Acheté à son inventeur par le gouvernement français qui " en fait don à l'humanité ", le procédé est libre de brevet et exploitable par le monde entier ... c'est le daguerréotype, qui perdurera une trentaine d'années. Ses recherches avaient été engagées dès 1827 en collaboration avec Nicéphore Nièpce, de Chalon sur Saône. Presque dans le même temps, en 1841, la photographie sur papier " le calotype " est inventé par Fox Talbot, en Angleterre. Mais abandonné, ce procédé est supplanté dix ans plus tard, par le négatif-verre au collodion. La photographie entre dans son âge d'or ! Les ateliers se multiplient, mais le matériel reste énorme et coûteux. Puis, c'est la révolution du Kodak ! Les premiers appareils portatifs, dotés de chambres pliantes, apparaissent sur le marché entre 1880 et 1890. Le nouveau procédé au géltino-bromure d'argent, permet aussi d'abaisser le temps de pose au 1/25° de seconde et, très vite, les plaques sont préparées industriellement et accessibles à une large clientèle. En un demi-siècle les progrès ont été phénoménaux... Les premiers photographes étaient presque toujours des artistes, peintres de formation comme Ingres, Delacroix, Courbet, Corot, ou des écrivains comme V.Hugo ou G .Sand. Voici ce qu'écrit, en 2000, Françoise Heilbrun, conservateur au Musée d'Orsay dans un livre qu'elle consacre à la photographie : " Edgar Degas se servira de ce nouvel appareil portatif. Un peintre infiniment plus modeste, paysagiste spécialisé dans les vues alpines, Gabriel Loppé, a pratiqué la photographie en amateur dans ces années, et le Musée d'Orsay possède soixante-dix photos. Il semble avoir été le premier à utiliser la technique instantanée pour prendre quantité de vues de Paris la nuit, entre 1889 et 1900. Avec ces nocturnes de villes, Loppé expérimente une recherche qui sera au centre des préoccupations des photographes pictorialistes de l'époque. "

Doit-on faire remonter le goût pour la photographie de Gabriel Loppé à la grande expédition des Frères Bisson ? En effet le 22 Juillet 1861 une caravane de 25 porteurs montait au Mont Blanc afin de photographier le toit du monde. Loppé avait été requis " pour son œil d'artiste ".

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